mercredi 17 février 2010

Welcome to the jungle n°10

Encore et toujours la Grèce... Eh oui tout le monde a peur que l'état grecque fasse faillite, la question c'est évidemment pourquoi? Il y a eu des avancée intéressantes hier à ce sujet et à mon avis on n'est pas encore arrivé au bout. Beaucoup de pays sont beaucoup trop endettés mais j'y reviendrai plus tard. La question qui taraude tout le monde en ce moment est simple, pourquoi la Grèce fait-elle peur? A cette question, il y a plusieurs réponses.

La première réponse se décompose en deux partie: La Grèce n'est pas un pays en voie de développement et elle fait partie de la zone euro. Le fait que la Grèce qui est un pays à l'impact économique moyen soit susceptible de faire faillite est inhabituel. En effet, d'habitude, les crises touchent fortement les pays en voie de développement des continents sud-Américains, Africains ou Asiatiques. Dans ce cas là, on a franchi un cap: un pays comme la Grèce peut être durement touché au point de faire défaut au paiement de sa dette.

La Grèce fait partie de la zone euro et cela rend les autres pays de la zone euro dépendants et redevables économiquement les autres pays de cette zone euro. De plus d'autres pays de la zone euro se trouve dans la tourmente: Portugal, Espagne, Italie, Irlande, on leur a même donné un sobriquet: PIIGS. Les pays de l'Union Européenne se sont réunis la semaine dernière pour un résultat peu encourageant, la Grèce demandant à ne pas être sauvée. Mais ses partenaires entendent bien surveiller le gouvernement grecque de près en lui "suggérant" des approches que ces mêmes pays n'oseraient jamais pratiquer.

Comme on vient de le voir la Grèce inquiète parce qu'elle pourrait être la première pièce à tomber d'un joli jeu de dominos car d'autres pourraient suivre. Mais ce n'est pas tout, la Grèce a une dette assez importante et une partie de cette dette est détenue par d'autres pays de la zone euro, si la Grèce fait défaut alors pas mal de ces pays connaîtront de graves problèmes. Le tableau (vu sur un forum économique) ci-dessous parle de lui-même:
 
(source: Bloomberg)

La Grèce (en bleu) ne représente pas la majeure partie de la dette des principaux pays de l'Europe mais tout de même, un défaut de paiement et ce serait le début d'une spirale négative.

Mais essayons de comprendre l'enchaînement des évènements, pour cela le FT a bien fait les choses avec ce graphique:
 
(source: Financial Times)

Pour résumer en quelques mots, en Grèce, tout va mal: les marchés baisses inexorablement, le shipping index est au plus bas (il est excellent indicateur des reprises économiques), la Grèce est sous perfusion constante de la BCE, les mauvaises nouvelles s'enchainent et voilà où se trouve la Grèce actuellement. J'entends déjà certains me dire que les Etats ne peuvent pas faire faillite. Mais cette affirmation est totalement fausse, c'est une légende! Dans l'Histoire beaucoup de pays ont fait défaut à leur dette et ont fait faillite. Parmi ces pays on trouve des puissances économiques, même sur la période du siècle dernier. On peut même remonter jusqu'à 1500.

Le pays détenteur du record du nombre de faillites depuis 1500, c'est l'Espagne avec 13 défaut sde paiement de leur dette. Sur la période la plus récente (depuis 1901) voilà ce que l'on peut trouver:
Espagne: 0
France: 0
Allemagne: 2
Brésil: 5
Turquie: 6
Autriche: 4
Portugal: 0
Grèce: 1
Russie: 3
Pologne: 3
Chine: 2

Donc on le voit bien, les états peuvent faire faillite et beaucoup l'ont déjà fait par le passé, il n'y a pas si longtemps, l'Argentine (2001) ou l'Uruguay(2003). Ces faits on bien entendu des causes et ces causes sont connues. La récession économique est toujours à l'origine des défauts de paiement des états. En Argentine par exemple, beaucoup avaient prévenus les instances Argentines mais rien n'y a fait, ils ont toujours refusé de prendre les mesures qui s'imposaient. Ces mesures sont en général des mesures choc qui déplaisent fortement aux électorats et donc déplaisent aux politiques. 

Depuis plus de 30 ans maintenant la France présente un budget en déficit, afin de pouvoir financer son coûteux système social, chaque année la France a dû emprunter sur les marchés ou par le biais de d'emprunts ouverts à la population. Le cas de la France n'est pas un cas isolé, je dirai même que c'est un cas parmi d'autres. Prenons le Japon, recordman absolu avec 197% du PIB de dette, si le Japon ne fait pas faillite c'est parce que les japonais épargnent massivement et que leur dette semble être toujours attractive.

Le numéro deux du classement a déjà fait faillite, je veux bien entendu parler de l'Islande avec une dette équivalente à 142,5% du PIB. Ils sont en ce moment aidés par le FMI.

Le numéro trois est européen et membre de la zone euro: l'Italie avec une dette équivalente à 127% du PIB.

Le numéro quatre n'est autre que la Grèce avec 123% du PIB.

Le numéro cinq ne fait parler que de lui pendant les sommets européens, c'est le Royaume de Belgique. Avec 105% du PIB, leur dette explose en ce moment et eux aussi font partie de la zone euro.

Le numéro six est la France! avec 92.5% du PIB. Cela ne comprend pas les retraites des fonctionnaires non provisionnée qui sont équivalentes à au moins 700 milliards d'euros et que l'état devra trouver tôt ou tard.

Juste en dessous de la France, les Etats-Unis avec 92.4% du PIB sont en septième position, le gouvernement Obama ouvre grand les vannes de la dette (sport national depuis Bill Clinton).

Le huitième est encore un pays de la zone euro, le Portugal dont la dette s'emballe en ces temps de crise et atteint les 90%.

le neuvième, on en parle jamais, mais ils sont déjà sous l'aide FMI et ce pourrait être le prochain problème pour l'Europe: La Hongrie avec une dette de 89.9% du PIB.

le dixième de ce classement est le Canada avec une dette de 85.7%. Le Canada avait réussi, par des mesures drastiques, à réduire son déficit sous l'égide d'un gouvernement de gauche qui considérait que pour faire du social il fallait de l'argent et que pour avoir de l'argent il fallait libéraliser l'économie. Cette idée n'a eu aucune écho en Europe, dommage.

Le Royaume-Uni se trouve à la onzième place de ce classement avec 83%, ce qui n'est pas encore insurmontable, mais pourrait le devenir un jour si le pays continue à s'endetter comme il le fait en ce moment.

Enfin, pour terminer ce classement, un pays que l'on pensait très vertueux, l'Allemagne, avec 82% du PIB. Angela Merkel voulait diminuer les impôts pour relancer l'économie germanique et la population n'en a pas voulu préférant payer des impôts plutôt que de s'endetter. Scénario impensable dans la plupart des pays précédemment cités.

Parmi les douze pays cités, il y en a six pays de la zone euro et deux à rajouter car membres de l'Union Européenne. Tous ces pays sont bien sûr membres de l'OCDE (les autres ne sont pas dans le classement) et pourraient, un jour, faire défaut et donc faire faillite.

Pour preuve que la dette commence à faire peur, les massmédias s'en mêlent, ce qui est en général pour un financier, signe que tout est déjà fini. Mais que peut-il se passer si un état comme la France fait faillite aujourd'hui?

Avec la mondialisation les pays possèdent de la dette d'autres pays et eux-mêmes possèdent de la dette de ces mêmes pays. Si un pays assez important dont une majeure partie de la dette est détenue par des pays de même importance fait défaut, alors il se pourrait qu'il y ait un effet domino, d'autres pays feraient faillite les uns après les autres car ils ne trouveraient plus les financements. Les investisseurs se désengageraient massivement et les dettes des pays ne trouveraient plus preneurs. les états se verraient contraints et forcés de vendre leurs avoirs pour rembourser une partie de leur dette, les fonctionnaires ne seraient plus payés, ce qui, en France et dans d'autres pays européens, paralyserait totalement le pays. Les retraites ne seraient plus payées et il y a aurait de nombreuses personnes âgées sans toit. L'inflation serait galopante et pour acheter du pain il faudrait des tonnes de billets car plus personne n'aurait confiance en l'Euro. Les échanges se feraient en or physique ou par troc et on pourrait voir le spectre d'une guerre civile ou d'une prise de pouvoir tyrannique.

Le scénario peut sembler choquant mais à y réfléchir un peu il reste probable. Les états européens se sont appropriés l'éducation, les transports, en partie l'information, etc.. Si l'état venait à ne plus pouvoir payer toutes les personnes qui travaillent pour son compte ou toutes les entreprises privées qui dépendent de marchés publics pour subsister que se passerait-il? 

Pour mieux comprendre l'enchaînement des évènements on peut les scinder en quatre phases:
1/ Les finances publiques sont en déficit chronique. Les dépenses ne cessent d'augmenter, les gouvernements successifs tentent de trouver des solutions pour réduire ces déficits sans succès (hausse des impôts et taxes, baisse des effectifs publics, emprunts). Les représentants du peuple sont déconnectés du peuple et les élections les poussent à toujours promettre davantage.

2/ L'heure de l'inflation galopante. Avec l'Euro et une banque centrale indépendante et des critères de Maastricht fermes, les états n'ont cessé de différer les efforts à faire pour rentrer dans ces critères. La franque aurait dû dévaluer le francs deux fois si elle n'avait pas eu l'Euro. Il viendra un jour où la BCE sera contrainte de manipuler l'Euro pour faire face aux problèmes de l'Allemagne et de la France. C'est quasi inévitable. Les états puissants illusionnent de leur puissance en créant de la monnaie mais point de richesses. Il y a beaucoup de monnaie, les prix montent et l'inflation passe à deux chiffres.

3/ L'embrasement. Avec une inflation à deux chiffres, les états (toujours dans l'intention de garantir leur survie) tentent de réguler les prix. le prix perdent alors tout leur sens informationnel, le marché est totalement déréglé. Les individus ne consomment que ce dont ils ont besoin et les achat spontanés cessent. 

4/ La remise en ordre. La monnaie fiduciaire ne fonctionne que si l'on a confiance en elle. C'est la confiance que l'on porte en une monnaie qui fait que l'on accepte celle-ci. Pour la garantir, il y a les états mais que ce passe-t-il lorsque les états font faillite, qu'ils ont manipulé les prix, les cours et tout ce qui pouvait entretenir la confiance que l'on avait en la monnaie de notre pays? L'histoire nous apprend qu'il y a plusieurs réponses, une dollarisation de l'économie (comme en Argentine), une économie souterraine à base de troc et d'échanges en or (Russie) ou encore l'état toujours vivant devient despotique (il a toujours la main sur la police et l'armée) et force les individus à travailler gratuitement pour lui (Rome antique). Il est à noter que pour ce dernier procédé, le fait que l'état français supprime un jour férié pour travailler gratuitement afin de renflouer les caisses de retraite revient stricto sensu au même.

Le monde devra se réorganiser, après Rome et sa république fut venu les temps féodaux, avec une société qui s'est organisée au fur et à mesure en trois ordres distincts: le peuple, le clergé et les nobles. cet ordre a perduré jusqu'à la révolution de 1789. On peut faire par exemple le parallèle avec Weimar qui chute pour l'avènement du Reich , le Chili d'Allende qui laisse place à celui de Pinochet.

L'histoire est notre seul moyen d'anticiper le futur, grâce au passé nous pouvons "prédire" l'avenir, en fait connaître nos comportements humains face à des situations similaires. Si nous ne comprenons pas ce qui pourrait arriver demain en se servant d'hier, de quoi notre futur sera-t-il fait? Les dettes des états ne cessent d'augmenter, les éléments conjoncturels masquent les éléments structurels de la dette des états. Prenons l'exemple de la France, sur les 140 milliards de dette contractée en 2009, seuls 40 milliards sont imputables à la crise, les 100 milliards restants sont structurels. L'année précédente, si mes souvenirs sont bons, la France avait eu besoin de 70 milliards. Nous avons vécu trop longtemps au-dessus de nos moyens, nos systèmes sociaux sont trop désintéressé de leur propre coût, de toute façon l'état sera là. Mais le jour où l'état ne sera plus là, que feront les millions de fonctionnaires, leurs familles? Feront-ils comme les grecs qui sont dans la rue et sont en grève? Cela ne fera qu'accentuer le malêtre. Seront-ils résignés? J'en doute. 

Le cercle vicieux de la dette commence à revenir à son origine: les états. Plusieurs investisseurs connus comme le suisse Marc Faber font entendre que les états viendront à faire faillite


Mais il y a peut-être une solution qui nous vient d'une passé pas si lointain. En 1921, l'état français avait une dette égale à 210% du PIB. Un peu comme aujourd'hui, la plupart de ses alliés en étaient peu ou proue au même point. Tous les alliés se sont entendus et les dettes extérieures se sont vues annulées purement et simplement. En ce qui concernait la dette intérieure (salaires des fonctionnaires, retraites, rentes, etc...), l'inflation s'en est chargée, l'état qui faisait marcher la planche à billet donnait la même somme qu'avant mais avec l'inflation cela ne représentait plus rien.

Il existe un signe très parlant qui indique un grand changement: l'interdiction de posséder de l'or physique ou d'en acheter. L'état dédommagera à un prix dérisoire (USA, Roosevelt, 1933)  et traitera à l'extérieur avec son or. 

Pour terminer ce billet très long sur la dette, voici une première citation d'Alexis de Tocqueville qui démontre bien que ce qui s'est passé arrivera de nouveau:
"L'Histoire est une galerie de tableaux où il y a peu d'originaux et beaucoup de copies."

et voici une deuxième de Thucydide dans la Guerre du Péloponnèse:
"Voir clair dans les événements passés et dans ceux qui, à l'avenir, du fait qu'ils mettront en jeu eux aussi des hommes, présenteront des similitudes ou des analogies."

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