lundi 22 mars 2010

Welcome to the jungle n°15

Bonjour à tous, ce matin en ce premier lundi de printemps on peut dire qu'il y a des choses à dire. Hier soir, ce fut le retour d'Obama! (ah vous vous attendiez aux régionales? sans rire? Eh bien non.) Obama a réussi un tour de force et représente de nouveau le messie pour nous européens et plus particulièrement en France (bien que les résultats des régionales occulte un peu tout cela). Il donne aux américains, à tous les américains une assurance santé. Mais l'état ne viendra pas trop mettre son nez dans cet nouvel ordre. En effet, les entreprises privées resteront maîtres du jeu, il n'y aura pas de sécurité sociale américaine comme nous pouvons la connaître en France.

Mais comme bien souvent, les journalistes y voient une avancée sans précédent vers un "mieux". Ils voient cela d'un œil bien franco-français où toute solution privé n'est pas bonne en ce qui concerne la santé. Avec leurs yeux couverts d'œillères à l'angle peu obtus ils ne voient pas ou ne veulent pas voir que l'état américain possède un système de santé très couteux pour l'état mais dont l'organisation est complexe. Il existe deux systèmes Medicaid et Medicare. Medicaid est géré par l'état fédéral pour les personnes de plus de 65 ans, Medicare est géré conjointement par l'état fédéral et les états pour les personnes aux plus faibles revenus. La réforme d'Obama. La réforme d'Obama est bien vue ici, en Europe, car pour nous tout le monde a droit à une assurance santé mais aux USA la culture est tout autre. Les américains ont tendance à voir d'un mauvais oeil toute intervention de l'état dans les affaires économiques du pays et pour une partie d'entre eux, il était hors de question de nationaliser le système comme en France par exemple. Alors ils ont trouvé le système, les plus démunis pourront souscrire à une assurance santé au prix n'excédant pas 2% de leurs revenus et jusqu'à 9,5% pour les plus riches. 

A la base deux compréhensions de base s'opposent, d'un côté ceux qui pensent que de la loi découle le droit et de l'autre côté que du droit découle la loi. En France, nous avons la première vision, le législateur nous donne des droits: doit au logement opposable par exemple, droit à ceci et cela, bref nous avons beaucoup de droits. Les américains, tout comme dans les pays de droit anglo-saxon (donc basé principalement sur la jurisprudence et non entièrement sur la loi) ont plutôt tendance à croire que des droits découle la loi. Pour ne rien vous cacher je partage largement leur avis sur la question. Avoir une assurance maladie, est-ce un droit, telle fut la question. La démocratie américaine étant très complexe, Obama s'est servi de petits systèmes pour faire passer ses réformes. A contrario des français, les américains participent beaucoup à des activités associatives, donnent beaucoup et son généreux. Les Français ont tendance à croire que tout leur est dû et que l'état sera toujours là quand ils en auront besoin, ces gens là se trompent (à mon sens). Les américains pensent que c'est par le travail, l'abnégation et l'implication que l'on construit une société prospère et là encore je les rejoins. Car même les plus pauvres ne sont pas tous pour une sécu à la Obama, Aux Etats-Unis, on devient quelqu'un quand on travaille, que l'on gagne de l'argent, que l'on devient "successful". On y admire les winners, ceux qui ont réussi, ceux qui produisent des richesses car c'est cela le rêve américain. En France les successful est douteux, on le jalouse et on se dit que ce n'est pas normal. l'état le taxe à 50%, il est le fruit du malheur des gens, les riches devraient avoir honte de l'être, on doit cacher sa richesse pour ne pas faire des jaloux. Deux conceptions radicalement opposées donc. 

Obama vient de réguler les prix des assurances mais pourquoi les plus riches devraient payer plus cher pour un service identique? Là encore la question s'est posée. Les américains considèrent la santé comme un bien de consommation, les médecins pratiquent les soldes et les rabais, pareil pour les pharmacies. Cela vous choque? Le médecin, quel que soit le prix, la personne, son origine, se doit de donner la même qualité de soins à tous (serment d'hypocrate). Alors pourquoi provoquer une dichotomie entre les gens? Pourquoi parce qu'une personne est riche se doit de payer plus cher son assurance santé pour un service identique? Tout simplement parce que les pauvres payeront très peu cher, sont davantage sujets aux maladies, seront très nombreux et qu'il faudra bien que les compagnies d'assurance continuent de faire des bénéfices pour pouvoir exister et assurer les gens. Les riches payeront pour les plus pauvres. Les Etats-Unis ont fait un pas vers la social-démocratie. 

En guise de conclusion sur ce sujet, je souhaiterai exprimer un regret. Il existe des systèmes en Europe dont les prix sont libres et les compagnies, privées. Je pense à la Suisse. Pour une personne de 30 ans, en bonne santé, avec une assurance de base et une complémentaire haut de gamme, cela revient 320 chf par mois, soit 200 euros et ce quelque soit votre salaire. Pour la plupart des Suisses, l'équivalent en France leur couterait plus cher! Entre la Sécu (charges salariales plus patronales) et leur complémentaire ils payeraient plus cher et je n'ai pas souvenir d'avoir vu des suisses mal soignés... Les USA ont donc créé un système social démocrate qui amènera pas mal de problèmes, tout comme ici en France, les banqueroutes de compagnies d'assurances arriveront un jour, la charge des plus pauvres n'étant plus soutenable par les efforts des plus riches. Un accès à une assurance maladie n'est pas un droit, c'est un luxe qui nous semble être un droit à nous français. En devenant un droit l'assurance maladie encourage les abus nous avons un sentiment de gratuité des soins alors que c'est loin d'être le cas. Je suis de ceux qui pensent que du droit (et plus particulièrement les droits naturels de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789) découle la loi, pour moi tout autours de moi est un luxe, un luxe qu'il faut avoir les moyens de se payer et pour cela il faut travailler, produire. Les Français ont oublié ces notions et c'est pour cela que notre société s'étiole petit à petit.
Je voudrais terminer ce billet avec un texte que j'ai lu sur la chronique agora concernant le problème grecque et le manque de moyens apporté par les allemands. Je vous donne le lien et vous comprendrez peut-être pourquoi les allemands rechignent tant à aider les grecques:

Je suis assez au courant de ce qui se passe en Grèce ayant un ami grecque qui me relate les évènements que connait le pays en ce moment. L'état grecque augmente les taxes: 
- une maison de plus de 150 m2 -> luxe -> taxe
- deux voitures -> luxe -> taxe
- plusieurs résidences -> luxe -> taxe
- hausse de la TVA
- pas de 14 ème mois pour les retraité (certains sont descendus dans la rue réclamer du pain, vous avez bien lu, pas de l'argent, DU PAIN!)
- augmentation de la taxe sur les carburants
- augmentation de la taxes sur les cigarettes
- augmentation des impôts

Tout cela pend au nez des français, un jour il faudra payer la dette, un jour il faudra faire face à ce que les générations plus âgées nous laissent, il faudra se serrer la ceinture et nous seront les premiers à moins bien vivre que nos parents et cela se sent aujourd'hui. Il y aura un nivellement par le bas, les riches partiront de ces pays enfers fiscaux, les classes moyennes n'auront pas d'autre choix que de rester et payeront jusqu'au dernier sous un modèle de société inefficace depuis ses débuts. N'oubliez jamais que l'état a le monopole de la violence, pas celle physique, mais celle qui lui permet de vous imposer des choses et il vous imposera de plus en plus. La Grèce n'est que le premier d'une longue série d'états qui connaitront des problèmes et imposeront leurs citoyens jusqu'au dernier centime. La solution consisterait justement à libérer tous ces services publics, à les privatiser pour optimiser leurs fonctionnements, à baisser les taxes pour booster l'économie, à encourager l'implantation d'entreprises étrangères en baissant les taxes sur les sociétés mais les politiques obsédés par le pouvoir ne pensent qu'à imposer et non pas à libérer. En imposant autant, ils vont affaiblir encore plus l'économie, les citoyens et au final leurs rentrées fiscales seront moindres qu'attendus, le scénario est écrit à l'avance... Les Français feront la même erreur et ils la font déjà avec le déluge de taxes créées depuis quelques temps avec comme point d'orgue la taxe carbone que personne ne souhaite payer. Le désamour pour la politique et nos représentants est flagrant, il suffit de voir les taux de participation aux dernières régionales... La droite pense qu'il est normal qu'une personne paye 50% d'impôts, à gauche ils pensent que davantage serait une bonne chose, où sont ceux qui proposent une flat tax? où sont ceux qui proposent d'avoir le courage de tout changer? Ils n'existent pas, les français votent pour blanc bonnet et bonnet blanc, ils votent pour toujours plus de taxes, toujours plus d'état alors que celui-là même est responsable de leurs maux, ils le savent et pourtant il en demande toujours plus. A ceux qui pensent comme moi, partez, fuyez ce pays avant que vos vies ne se résument à être des contribuables.

mardi 16 mars 2010

Welcome to the jungle n°14

Bonjour à tous. Si je commence ce billet avec le magnifique et unique Karl (ironique) tenant une pièce de monnaie c'est justement car je vais aujourd'hui parler de la monnaie. Si j'ai tenté une petite forme d'humour dès le départ c'est parce que le sujet est assez compliqué et peu glamour à contrario des magnifiques mannequins de Karl lors de ses défilés.

La monnaie est une chose que nous utilisons tous les jours sans vraiment comprendre ses origines et son fonctionnement. Tout le monde connait les taux de change mais pas forcément comment ses taux de change fluctuent et pourquoi. La plupart des gens pensent que l'argent physique est le seul qui existe et que sur les comptes électroniques se trouve l'équivalent de cet argent physique. Il est temps de remédier à tout cela et de faire un billet à ce sujet pour que vous, chers lecteurs, soyez "aware" comme l'aurait dit Jean-Claude.

Afin de faire un petit survol rapide de la monnaie donnons-en la définition: La monnaie est un instrument économique dont la fonction essentielle est de servir de moyen de paiement. Elle facilite donc les échanges et la division du travail à un niveau très élaboré. Elle a également une autre fonction, celle de stocker de la valeur (épargne).

Bien sûr avec cette définition la monnaie vous semble toujours obscure mais ne vous en faîtes pas, je vais développer. La fonction moyen de paiement, tout le monde connait, nous faisons cela tous les jours. La division du travail en revanche peut-être moins. La division du travail est la caractéristique la plus intéressante de la société humaine (à mon sens). Chaque être humain de par ses aptitudes innées ou acquises parvient à satisfaire ses besoins en se spécialisant ou en s'associant afin de satisfaire de la façon la plus performante possible pour leurs propres besoins et ceux des autres. En ce qui concerne les autres cela implique un échange, le bien créé par le spécialiste doit être échangé contre autre chose (troc, monnaie). Vous comprenez donc que la monnaie permet l'échange de biens créés par des personnes ou des groupes de personnes spécialisés. Ces personnes ou groupes spécialisés ont pour but de créer des produits répondant à vos attentes. Les attentes des uns et des autres étant différentes de par votre nature, culture ou situation géographique, il existe une multitude de possibilité en biens à fournir. A chaque fois que vous vous procurez un bien, vous le payez, c'est en cela que la monnaie a favorisé la complexe division du travail que nous connaissons aujourd'hui. D'ailleurs, celle-ci ne cesse de se complexifier car il faut être de plus en plus spécialisé pour apporter une plus-value au bien ou service produit.

Maintenant que nous avons donné la définition de la monnaie, passons à son histoire. Depuis que l'homme vit en société et même certainement avant, il s'est attaché à ses biens. La notion de propriété est, par nature, une caractéristique de l'homme. Lorsqu'un autre voulait s'approprier le bien d'autrui, j'imagine qu'aux temps préhistoriques cela se faisait sous la forme d'une lutte, cette lutte nous l'avons modernisé avec la monnaie. Aujourd'hui plus besoin de mettre à mort une personne pour s'accaparer son bien. Ce qui est étonnant ,c'est que rapidement un étalon monétaire a fait surface dans tous les groupes d'humains, que ce soit sous forme de coquillages, de petites pépites de métal ou encore en choses utiles comme le sel. Bref, très rapidement l'homme a cherché à créer un moyen d'échange des biens qui soit uniformisé. 

Les premières traces de pièces de monnaies se trouvent chez les grecques anciens au IVème siècle avant JC. A la base, la monnaie a été crée car elle permettait de manipuler facilement de grandes valeurs qu'il aurait été difficile de manipuler en sel par exemple. La monnaie s'est imposé pour son côté pratique. Il est vrai qu'il est plus simple de se déplacer avec 3 pièces d'or qu'avec 20 kgs de sel, d'autant plus qu'à l'époque une grande partie de la population mondiale est encore peu sédentaire.

La deuxième invention a consisté en la monnaie papier, les billets. Les différentes banques rédigeaient des papiers sur lesquels étaient inscrits une valeur et assuraient que le possesseur du billet en question possédait son équivalent (ou davantage) dans les coffres de la dite banque. Lorsqu'une personne souhaitait s'acheter un carrosse par exemple, celle-ci ne voulant pas se balader dans les rues mal famées avec de l'or sur elle, elle préférait avoir un billet édité par la banque avec la valeur exacte du carrosse. Dans un sens chaque banque créait sa propre monnaie. On appelle cette monnaie, la monnaie-promesse. Une fois le billet perçu par le vendeur de carrosse, l'acheteur repartait avec le carrosse et le vendeur, lui allait à la banque réclamer son dû., billet en main L'employé de banque allait dans le coffre  de son client (l'acheteur)et prélevait la somme réclamée. le billet de banque est déjà utilisé en Chine au VIIIème siècle. Ce billet est en fait ce que l'on appelle en jargon bancaire: une dette payable à vue sous forme de métal ou d'autres biens.

Pendant très longtemps et ce jusqu'au XIXème siècle, les monnaies étaient bi-métalliques. Il existait des pièces d'or et d'argent. Les Etats se servent des deux selon leur stocks, mais les réseaux miniers n'apportent pas la stabilité nécessaire à l'expansion d'un économie déjà relativement globalisée, la monnaie papier et le crédit prennent donc le relai. A partir de là et ce jusqu'en 1914 entre en vigueur l'étalon or dit classique. Toute monnaie représente une valeur en or: une once d'or représente 20 dollars ou 4 livres sterling. les taux de conversions entre l'or et les monnaies est fixe et donc le taux de change entre les monnaies l'est également. Les monnaies sont stable et l'inflation artificielle de la monnaie n'existe pas (ce qui n'est pas le cas aujourd'hui).

A partir de 1914 certains pays veulent se garder de la latitude par rapport à leur monnaie (en faisant marcher la planche à billet), d'autres souhaitent conserver l'étalon-or. A la fin de la deuxième guerre mondiale, les pays européens voient leur monnaie très dévalorisées par rapport à l'or à cause du coût de la guerre. En 1922 lors de la conférence de Gênes, seuls les USA conservent l'étalon-or, la Livre Sterling est basée sur le dollar US et toutes les monnaies européennes sont basées sur la Livre Sterling. Par la suite les anglais pressés par les autres pays européens abandonnent le change-or (basé sur le dollar) et augmentent artificiellement leur masse monétaire. En 1931, les américains (peuple) n'ont plus le droit de posséder de l'or, le dollar représente officiellement 1/35 d'une once d'or. Nous arrivons en 1944 et les accords de Bretton Woods selon lesquels les USA restent les seuls à garder l'étalon or et toutes les autres monnaies sont basées sur le dollar. le dollar devient la monnaie référence.

Sous Nixon, les Etats-Unis n'arrivent plus à garantir l'équivalence 1once d'or pour 35 dollars et dans le même temps, ils se refusent à dévaluer leur monnaie. Les USA abandonnent donc l'étalon-or. En 1973, le système de change flottant se met en place. Les valeurs des monnaies entre elles fluctue selon le système de l'offre et de la demande de façon libre. Les Etats se dotent de politiques monétaires plus ou moins convaincantes. Il n'existe plus de contrepartie à la monnaie émise, uniquement des reconnaissances de dette. 

Mais si depuis quelques paragraphes je parle de monnaies, je parle aussi beaucoup d'état. La monnaie n'a pas toujours été un privilège étatique, je dirai même qu'elle fut pendant très longtemps privée. Avoir la mainmise sur la monnaie accroit le pouvoir de l'état, c'est pour cela que la quasi totalité des banques centrales a vu le jour entre le XIXème et XXème siècle seulement. C'est donc très tardivement que les états se sont accaparé la puissance monétaire. En France l'histoire date de Napoléon Bonaparte. Le monopole de l'émission de monnaie fut donné à la banque de France qui était une des banques privées de l'époque. Elle avait soutenu financièrement son coup d'état et il faisait partie de ses fondateurs. Pendant longtemps elle resta privée, ce n'est qu'en 1945 qu'elle est nationalisée. Aux Etats-Unis, la banque centrale, la FED est privée depuis toujours (bien que très liée à l'état).

Alors pourquoi les états, si tard dans l'histoire, ont-ils souhaité s'accaparer ce pouvoir monétaire? L'abandon de l'étalon-or offrait de nouvelles perspectives: les états pouvaient enfin créer de la monnaie et  la manipuler autant que possible. il devenait alors simple pour les politiques de faire des politiques sociales soit en créant de la monnaie (inflation), soit en empruntant sur les marchés financiers (ce qui mena l'Argentine à la faillite en 2001). Notre social-démocratie actuelle est la conséquence de tout cela. Les politiques, pour être élus, doivent promettre le plus possible à une grande majorité. Cette majorité, quelque soit les pays, est toujours représentée par les classes sociales allant des pauvres aux classes moyennes inférieures. Pour être élus les politiques promettent l'intenable, mais se doivent de mettre en oeuvre certains processus sociaux coûteux afin de contenter ces masses qui seront à la base de leur réélection. Pour financer ces programmes, il faut de l'argent, le créer ou en emprunter en masse était très attractif pour les politiques afin de financer leurs programmes (et leur vie).

Il existe encore aujourd'hui quelques monnaies privée comme E-gold (très aboutie et basé sur l'or) ou encore le Liberty Dollar (plus simple et basé sur l'argent). D'un strict point de vue pratique, le contrôle de la monnaie n'est pas obligatoire à l'Etat, mais les politiques y voient une arme dont ils sont le bras et trouvent un grand avantage à contrôler cette arme. Napoléon qui, nous l'avons vu plus haut, a été le premier en France à contrôler la monnaie a dit:

"Je dois être le maître dans tout ce dont je me mêle et surtout dans ce qui concerne les affaires de la Banque, qui est bien plus à l'empereur qu'à ses actionnaires puisqu'elle bat monnaie."

Mais depuis quelques temps, les politiques sentent le vent tourner et ont tendance à se désengager de la monnaie, en Europe, c'est maintenant la BCE (réputée indépendante) qui gère l'Euro. Si la France avait eu encore le Franc, elle aurait dû le dévaluer au moins deux fois déjà. Bien sûr ,l'Euro n'a pas stoppé les déficits étatiques car, au final, cet euro n'est basé sur rien de concret si ce n'est l'offre et la demande sur les marchés financiers. Et nous arrivons là au cœur du problème, aujourd'hui, la valeur d'une monnaie est représentée par la confiance que l'on a en elle. Si les investisseurs ont plus confiance en le Dollar US, alors celui-ci s'appréciera par rapport à l'Euro. On investit dans une monnaie comme on le fait sur une entreprise, on doit avoir confiance. Un bon chiffre économique pour la zone euro, celui-ci va grimper par rapport au autres monnaies par exemple. Une monnaie fiduciaire (papier basé sur rien de concret) ne pourra retourner qu'à sa véritable valeur: le papier (cf. Welcome to the jungle n°13)

Après avoir fait l'historique de la monnaie et commenté certaines dérives actuelles, je vais tenter de vous expliquer comment la monnaie se crée. La première solution consiste en l'impression de monnaie papier, la seconde et la plus importante en terme de masse, c'est le crédit. 

Voici comment les banques créent de l'argent. Chaque banque commerciale possède ce que l'on appelle des fond propres, c'est-à-dire de l'argent qui lui appartient en son nom. Elle ne peut prêter qu'à hauteur x fois la valeur de ses fonds propres.

Prenons le cas d'un entrepreneur, celui-ci a un projet qu'il souhaite réaliser le plus rapidement possible et au lieu de mettre de l'argent de côté au fur et à mesure, ils souhaite demander l'obtention d'un prêt auprès de sa banque. Son projet étant rentable, selon la banque, il obtient son prêt: 100 000 euros avec un taux d'intérêt de 5% remboursable au bout d'un an. Cet argent est de l'argent nouveau qui est injecté dans l'économie. Durant cette année, notre entrepreneur va dépenser tout l'argent qui lui a été prêté afin de mener à bien son projet. Lorsque son projet est terminé, il va le vendre 130 000 euros, il remboursera le capital de 100 000 euros et les intérêts de 5000 euros à la banque. La banque va effacer de ses comptes les 100 000 euros, il y a donc un jeu de sommes nul pour l'économie. 100 000 euros dépensés, 100 000 euros détruits. La véritable création de monnaie se situe donc au niveau des intérêts.

La banque, va pouvoir ajouter 5000 euros à ses fonds propres et donc pouvoir prêter x fois plus. Donc plus la banque prête, plus elle peut prêter et plus elle crée de la monnaie.

Mais que se passe-t-il si le projet de notre entrepreneur ne se réalise pas et qu'il a dépensé l'intégralité de son prêt? Il n'y a pas de création de monnaie, la banque doit retirer les 100 000 euros de ses fonds propres et donc enregistrera une perte. dans ce cas là c'est un jeu nul pour l'économie uniquement. La création monétaire est donc dépendante de la production. Si vous contractez un emprunt, c'est que vous avez un emploi, donc que vous produisez quelque chose et que vous êtes rémunéré pour cela (vous vous rappelez au début du billet, la division du travail?? ça fait du sens maintenant non?).

Les banques ont donc un rôle majeur dans l'économie actuelle, elles permettent l'investissement par le biais de crédit. Mais il y a un autre acteur majeur dans l'octroi de crédits, ce sont les taux d'intérêts. Les taux d'intérêts directeurs sont fixés par la banque centrale et par les marchés financiers. (j'en avais parlé ici: Welcome to the Jungle n°3). Les taux d'intérêts fixent la quantité de monnaie qui va être créée mais aussi la future valeur des fonds propres des banques. Plus les taux d'intérêts sont faibles et plus un grand nombre de projets pourront être financés, plus les taux d'intérêts sont hauts, plus les banques financeront les projets à forts potentiels de rentabilité. Lorsque l'économie se porte bien, les taux d'intérêts peuvent monter, il y a de forte chances que beaucoup de projets aient un potentiel de rentabilité supérieur à celui du taux d'intérêt. De plus, Il y a moins de chances que le projet n'aboutisse pas. Lorsque l'économie se porte mal, alors les banques centrales baissent leurs taux d'intérêts afin que les banques prêtent davantage pour des projets moins rentables.

Si nous sommes au cours d'une période faste, avec des taux d'intérêts corrects, il y aura énormément de projets en attente de financement. L'accroissement de la production dépend de l'accroissement de la masse monétaire. En effet, la banque, pour prêter à toujours plus de projets, doit toujours augmenter ses fonds propres. Plus une banque prête des montants qui, s'additionnant, s'approchent de sa limite de prêt, plus elle recevra des intérêts et plus elle pourra prêter par la suite. 

Que se passe-t-il lorsqu'il y a stagflation ou récession? Le nombre de projets diminue, la banque continue de créer de la monnaie sur les emprunts concédés par le passé, mais commence à avoir des pertes dû à des faillites. Ses fonds propres augmentent toujours mais plus lentement, cependant elle peut toujours prêter plus d'argent mais comme il y a peu de projets ou bien qu'elle a peur de prêter, la banque a tendance à ne pas réinjecter les taux d'intérêts perçus dans le circuit économique.

Faisons le pont avec la crise des subprimes. Les banques ont enregistré des pertes colossales. leurs fonds propres ont fortement diminués, elles se sont vues dans l'obligation de stopper l'octroi de crédit, elles ne pouvaient plus dépasser le facteur de x fois le montant des fonds propres maximum pouvant être prêtés. Les banques centrales et les états sont intervenus massivement afin d'injecter de l'argent dans les fonds propres des banques pour qu'elles continuent de financer l'économie. les banques centrales ont fortement baissé les taux directeurs afin de faciliter l'accès au crédit pour des projets peu rentables mais le mal était là, la crise avait atteint l'économie "réelle" et la peur de faillites en cascade ne poussait pas les banques à prêter de l'argent, le risque était trop grand, même avec des taux d'intérêts très bas. 

Maintenant que vous y voyez un peu plus clair en ce qui concerne la monnaie, vous êtes en mesure de comprendre pourquoi la croissance économique est si importante. Elle permet la création de monnaie et donc l'augmentation de la richesse générale. Mais il ne faut pas que cette création soit trop importante car cela encouragerait une inflation trop importante. Si l'inflation devient trop importante, prêter son argent devient de moins en rentable. Si la banque prête à 3% mais que l'inflation est de 4%, il y a destruction de monnaie. C'est là que le rôle de la banque centrale est important. En fixant les taux d'intérêt, elle détermine à quelle vitesse l'économie doit rouler sans risquer une surchauffe du moteur, elle doit trouver le bon équilibre entre croissance et inflation, pour cela elle doit trouver le taux d'intérêt le plus adéquat à la situation.



Je terminerai avec une citation d'un économiste que j'admire tout particulièrement pour ses idées mais aussi sa capacité à les vulgariser: Frédéric Bastiat.
Il y a trop de grands hommes dans le monde; il y a trop de législateurs, organisateurs, instituteurs de sociétés, conducteurs de peuples, pères des nations, etc. Trop de gens se placent au-dessus de l'humanité pour la régenter, trop de gens font métier de s'occuper d'elle.


En espérant que ce billet vous ai plu, je vous souhaite une bonne fin de journée et on se retrouve la semaine prochaine avec des billets plus quotidien de nouveau.

dimanche 14 mars 2010

welcome to the jungle n°13

Bonjour à tous, je sais que je suis absenté presque trois semaines. Ceci a été du en partie à plusieurs facteurs trop nombreux pour être énumérés ici, mais décidément ce 13ème article ne voulait pas voir le jour! comme quoi le chiffre 13...

Mais revenons à ce pourquoi nous sommes ici, je reprendrai les portefeuilles dès dimanche et l'analyses des derniers en date aussi. Mais aujourd'hui je vais traiter de nombreuses choses qui pour certaines risquent de vous surprendre (je sais que j'avais promis une analyse un peu particulière des marchés mais elle est toujours en préparation). Ces dernières semaines les marchés sont montés, personnellement je ne m'y attendais pas du tout, je pensais que les marchés allaient cesser leur rebond n'ayant que peu de chiffres vraiment intéressants pour continuer cette phase bullish. Mais aujourd'hui cette rétrospective des trois dernières semaines n'est pas à l'ordre du jour. Je vais plutôt parler de l'Europe et de sa monnaie. Tout le monde le sait, l'Euro est avant tout une monnaie allemande, l'Allemagne a même sur son territoire le siège de la BCE présidée par Jean-Claude Trichet que l'on ne peut accuser de connivence avec la France tant il a fait maintes fois le contraire de ce que réclamait le président français. L'Allemagne est un pays qui possède une main d'œuvre qualifiée, de hautes performances dans le domaine de la recherche, une paix sociale due à un partenariat efficace entre syndicats et patronat et que dire de leur réseau industriel. L'Euro a bien servi les intérêts financiers de l'Allemagne. Malheureusement, le crise Grecque vient ternir un peu le tableau et dévoile au grand jour l'hétérogénéité de cette zone euro. De prime abord on peut se dire que l'Allemagne est le principal partenaire commercial de la Grèce mais en aucun cas cette même Allemagne n'aurait pour vocation de renflouer les caisse de l'Etat Grecque.

Et si l'Allemagne revenait à la Deustche Mark? Cela vous semble impensable? Pourquoi, parce qu'elle présente un meilleur bilan que les autres devrait-elle payer les pots cassés? Au nom de la solidarité? Certainement non. L'Allemagne est le principal moteur d'une Europe trop endettée et qui a joué les cigales pendant la dernière période économique prospère. Elle est le premier donateur au budget européen, elle n'a aucune raison d'en faire davantage. Ce n'est pas aux contribuables allemands de payer pour les errements grecques. La monnaie unique et l'Union Européenne ne sous-entendait certainement pas ça.

La solidarité comme notre époque la comprend consiste en une aide exclusive des plus riches vers les plus pauvres sans pour autant espérer une réelle volonté de la part de ces derniers à vouloir faire mieux. La logique voudrait que si l'Allemagne aide la Grèce, elle devra le faire pour tous les prochains pays qui connaitront les mêmes problèmes. Les autres pays peu enclins à avoir des budgets sains se sentiront pousser des ailes et continueront leurs folles dépenses et viendront, par la suite, demander l'aide de l'Allemagne ou d'autres pays de l'Union Européenne. Mais cela aurait également une autre conséquence, les pays les plus pauvres ne voudraient pas se développer trop vite de peur de se voir demander de l'aide de la part d'autres pays juste au moment où ils commenceraient à voir le bout du tunnel. Voilà pourquoi l'Allemagne DOIT maintenir son cap et ne pas aider financièrement la Grèce. Ce serait alors un nivellement par le bas qui guetterait tous les pays.

L'Euro fut une création politique pensée pour assurer une stabilité financière en Europe et contrebalancer le puissant dollar américain. Mais cette entreprise montre aujourd'hui que les politiques n'ont pas intégré tous les facteurs, notamment les différences entre les différents pays: culture, gouvernements, situation géographique, histoire monétaire. Je reconnais que cela aurait été un casse tête et qu'en cela le pacte de stabilité fait office de garde fou mais cette sécurité est en train d'imploser.

Je vous propose d'aller un peu loin dans cette analyse de notre monnaie. Avant l'apparition de l'euro fut l'Ecu. l'Ecu était un panier de monnaies européennes dont même la Livre Sterling faisait partie, les institutions européennes et les banques centrales s'en servait. l’ECU (pour European Currency Unit) a été créée en 1979 en même temps que le Système monétaire européen (SME) dans le but de donner aux pays membres de la CEE une zone de stabilité monétaire en limitant les fluctuations des taux de change entre les pays membres. (source: Wikipédia)

Mais qu'en est-il de son évolution face à la plus stable des monnaies: le franc Suisse? Avant d'aller plus loin je souhaite apporter quelques précisions. Le Franc Suisse a, depuis l'abandon de l'étalon or la monnaie Suisse est restée très stable par rapport aux autres monnaies. Pendant longtemps la banque centrale Suisse, la BNS, a possédé beaucoup d'or, c'est toujours le cas même si elle a vendu pas mal d'or il y a quelques années. Ensuite il faut bien comprendre que depuis l'abandon de l'étalon or, les monnaies perdent en permanence de leur valeur par un phénomène que tout le monde connait sous le nom d'inflation. Beaucoup d'économistes vous diront que l'inflation aux alentours de 1 à 2 % est le reflet d'une économie normale et c'est vrai, en tout cas dans un système monétaire comme le nôtre. En fouillant un peu sur le site la BNS on s'aperçoit que depuis 1979, année de la création de l'Ecu, le franc Suisse a perdu 46.6% de sa valeur de par l'inflation. Comparons donc à l'Ecu puis l'Euro:
année           EUR(Ecu)/CHF
dec 1979          2.30
dec 1981          1.90
dec 1984          1.80
juin 1987          1.65
dec 1991          1.90
dec 1995          1.48 (intervention de la BNS)
mars 1996        1.70
dec 2002          1.45
dec 2007          1.65
actuellement      1.45 (la BNS ne cesse d'intervenir)

La monnaie suisse a perdu 46.6% de sa valeur par l'effet de l'inflation, grâce à ces chiffres vous pouvze avoir une idée de ce que l'euro a perdu. de 2.30 en décembre 1979, nous ne sommes plus qu'à 1.45 et cela pourrait être pire si la BNS ne maintenait pas ce taux afin de sauvegarder les exports! Toutes les monnaies ont perdu du terrain en trente ans face au dollar, en fait elles ont belle et bien perdu énormément de valeur et avec notre pouvoir d'achat... Le plus insidieux avec l'inflation c'est qu'elle est invisible, c'est une sorte de taxe que personne ne ressent à court terme. Il y a plus grave, cette inflation touche davantage les plus pauvres, en effet, ils n'ont aucun moyen de se prémunir contre cette perte de valeur de leur monnaie, tandis que les plus riches ont accès à des placement plus rémunérateurs sur le long terme que l'inflation. En suisse, l'inflation moyenne depuis 1936, date de l'abandon de l'étalon or, le franc Suisse a perdu 87% de sa valeur, c'est à dire une inflation d'environs 2.9% par an.

Mais allons plus loin encore dans le temps. Il existe des statistiques (difficiles à trouver) sur le change entre les monnaies sur le très long terme. Je vous ai dit que la monnaie la plus stable du monde restait le franc Suisse, vous allez maintenant comprendre pourquoi. De 1815 à 1915 la parité franc français - franc suisse était fixe, en 1915 cette parité tombe et pour la suite je vous laisse découvrir...













Le franc français ne vaudrait presque plus rien face au franc suisse aujourd'hui. Mais que vaut l'euro alors? Eh bien toutes les monnaies basée sur du néant retournent au néant, c'est ce que beaucoup d'économistes s'amusent à dire. A cela viennent s'ajouter le problème de la dette, si la monnaie perd de sa valeur, alors la dette devient de moins en moins difficile à supporter pour les états. Une dette émise il y a 30 ans pour 100 millions ne représenterait plus grand chose aujourd'hui, que sont 15 millions d'euros? En 1980 la dette de l'état français était de 90 milliards d'euros (et la dette était quasiment à 100% sur le dos de l'état, depuis est venue la décentralisation et son étalement de la dette). L'inflation fait donc le jeu des états sur le long terme et pénalise ceux qui n'ont pas les moyens d'investir avec des rendements supérieurs à cette même inflation.

La monnaie est un des fondamentaux des économies, certains pays pensent pouvoir "jouer" avec et d'autres, comme l'Allemagne ou encore la Suisse, sont beaucoup vertueux et ont compris que leur monnaie restait une arme économique au pouvoir non négligeable.

Il est souvent admis que les pays qui atteignent une dette équivalente à 90-100% du PIB commencent à connaître des problèmes sociaux et financiers. D'ailleurs, on le voit bien, ceux qui ont des problèmes actuellement sont ceux dont la dette publique a rejoint ces sommets, à l'exception de l'Espagne qui elle connait une crise immobilière grave. Beaucoup de pays ont souhaité s'immiscer dans l'économie par des plans de relances qui auront des répercutions sur le long terme. Toutes ces dettes accumulées depuis 30 ans et plus particulièrement récemment vont peser sur les économies de ces pays pendant très longtemps. On peut donc penser que lorsque l'économie se portera bien de nouveau, leur croissance sera bien moindre à celle qu'ils auraient pu envisager avec une dette plus faible. Beaucoup d'états risquent de faire défaut et donc être en faillite, cela s'est produit par le passé et se reproduira, les USA pourraient être de ceux-là tout comme la France d'ailleurs.

Les politiques, pour être élus, se doivent de toujours promettre davantage aux plus faibles (et majoritaires). Imaginez (tout du moins en France) que les politiques soient élus pour leur programme d'austérité. Impossible... par contre promettre le plein emploi, plus de moyens pour tous et toujours plus que l'adversaire cela est monnaie courante. Ces attitudes ont mené les états vers des endettements majeurs, le plus amusant et de distinguer le clivage Nord/Sud. Les pays du Nord  de l'Europe sont beaucoup plus attentifs quand à leurs finances publiques, les pays du Sud de l'Europe sont eux très endettés et leurs populations réclament, en général, plus d'intervention de l'état pour réparer les tords que ce même état a créé avec des gouvernements précédents.

Depuis quelques temps déjà plusieurs états reçoivent des warnings de la part des agences de notations qui commencent à s'inquiéter de la possibilité de certains états comme la France et les USA à pouvoir rembourser leur dette. Ils pourraient perdre leur note AAA si rien n'était fait. Si cette note venait à baisser, les taux d'intérêts monteraient et le montant des remboursements deviendrait de plus en plus insupportables pour ces états et ils rentreraient dans un engrenage dont il serait très compliqué de sortir. En ce qui concerne la France ce serait quasi impossible car le poids de l'état dans l'économie est tel que sans lui ou avec une réduction drastique de son budget beaucoup se retrouveraient sans moyens. Vous l'aurez compris, je reste assez pessimiste en ce qui concerne la France et quelques autres pays européens et je pense que l'Allemagne l'a bien compris. Mais cette crise pourrait être le moyen pour l'Europe de montrer son unité ou alors ses disparité, sa monnaie: l'Euro pourrait être une des victimes d'un futur qui ne sera pas forcément heureux.