Bonjour à tous, je sais que je suis absenté presque trois semaines. Ceci a été du en partie à plusieurs facteurs trop nombreux pour être énumérés ici, mais décidément ce 13ème article ne voulait pas voir le jour! comme quoi le chiffre 13...
Mais revenons à ce pourquoi nous sommes ici, je reprendrai les portefeuilles dès dimanche et l'analyses des derniers en date aussi. Mais aujourd'hui je vais traiter de nombreuses choses qui pour certaines risquent de vous surprendre (je sais que j'avais promis une analyse un peu particulière des marchés mais elle est toujours en préparation). Ces dernières semaines les marchés sont montés, personnellement je ne m'y attendais pas du tout, je pensais que les marchés allaient cesser leur rebond n'ayant que peu de chiffres vraiment intéressants pour continuer cette phase bullish. Mais aujourd'hui cette rétrospective des trois dernières semaines n'est pas à l'ordre du jour. Je vais plutôt parler de l'Europe et de sa monnaie. Tout le monde le sait, l'Euro est avant tout une monnaie allemande, l'Allemagne a même sur son territoire le siège de la BCE présidée par Jean-Claude Trichet que l'on ne peut accuser de connivence avec la France tant il a fait maintes fois le contraire de ce que réclamait le président français. L'Allemagne est un pays qui possède une main d'œuvre qualifiée, de hautes performances dans le domaine de la recherche, une paix sociale due à un partenariat efficace entre syndicats et patronat et que dire de leur réseau industriel. L'Euro a bien servi les intérêts financiers de l'Allemagne. Malheureusement, le crise Grecque vient ternir un peu le tableau et dévoile au grand jour l'hétérogénéité de cette zone euro. De prime abord on peut se dire que l'Allemagne est le principal partenaire commercial de la Grèce mais en aucun cas cette même Allemagne n'aurait pour vocation de renflouer les caisse de l'Etat Grecque.
Et si l'Allemagne revenait à la Deustche Mark? Cela vous semble impensable? Pourquoi, parce qu'elle présente un meilleur bilan que les autres devrait-elle payer les pots cassés? Au nom de la solidarité? Certainement non. L'Allemagne est le principal moteur d'une Europe trop endettée et qui a joué les cigales pendant la dernière période économique prospère. Elle est le premier donateur au budget européen, elle n'a aucune raison d'en faire davantage. Ce n'est pas aux contribuables allemands de payer pour les errements grecques. La monnaie unique et l'Union Européenne ne sous-entendait certainement pas ça.
La solidarité comme notre époque la comprend consiste en une aide exclusive des plus riches vers les plus pauvres sans pour autant espérer une réelle volonté de la part de ces derniers à vouloir faire mieux. La logique voudrait que si l'Allemagne aide la Grèce, elle devra le faire pour tous les prochains pays qui connaitront les mêmes problèmes. Les autres pays peu enclins à avoir des budgets sains se sentiront pousser des ailes et continueront leurs folles dépenses et viendront, par la suite, demander l'aide de l'Allemagne ou d'autres pays de l'Union Européenne. Mais cela aurait également une autre conséquence, les pays les plus pauvres ne voudraient pas se développer trop vite de peur de se voir demander de l'aide de la part d'autres pays juste au moment où ils commenceraient à voir le bout du tunnel. Voilà pourquoi l'Allemagne DOIT maintenir son cap et ne pas aider financièrement la Grèce. Ce serait alors un nivellement par le bas qui guetterait tous les pays.
L'Euro fut une création politique pensée pour assurer une stabilité financière en Europe et contrebalancer le puissant dollar américain. Mais cette entreprise montre aujourd'hui que les politiques n'ont pas intégré tous les facteurs, notamment les différences entre les différents pays: culture, gouvernements, situation géographique, histoire monétaire. Je reconnais que cela aurait été un casse tête et qu'en cela le pacte de stabilité fait office de garde fou mais cette sécurité est en train d'imploser.
Je vous propose d'aller un peu loin dans cette analyse de notre monnaie. Avant l'apparition de l'euro fut l'Ecu. l'Ecu était un panier de monnaies européennes dont même la Livre Sterling faisait partie, les institutions européennes et les banques centrales s'en servait. l’ECU (pour European Currency Unit) a été créée en 1979 en même temps que le Système monétaire européen (SME) dans le but de donner aux pays membres de la CEE une zone de stabilité monétaire en limitant les fluctuations des taux de change entre les pays membres. (source: Wikipédia)
Mais qu'en est-il de son évolution face à la plus stable des monnaies: le franc Suisse? Avant d'aller plus loin je souhaite apporter quelques précisions. Le Franc Suisse a, depuis l'abandon de l'étalon or la monnaie Suisse est restée très stable par rapport aux autres monnaies. Pendant longtemps la banque centrale Suisse, la BNS, a possédé beaucoup d'or, c'est toujours le cas même si elle a vendu pas mal d'or il y a quelques années. Ensuite il faut bien comprendre que depuis l'abandon de l'étalon or, les monnaies perdent en permanence de leur valeur par un phénomène que tout le monde connait sous le nom d'inflation. Beaucoup d'économistes vous diront que l'inflation aux alentours de 1 à 2 % est le reflet d'une économie normale et c'est vrai, en tout cas dans un système monétaire comme le nôtre. En fouillant un peu sur le site la BNS on s'aperçoit que depuis 1979, année de la création de l'Ecu, le franc Suisse a perdu 46.6% de sa valeur de par l'inflation. Comparons donc à l'Ecu puis l'Euro:
année EUR(Ecu)/CHF
dec 1979 2.30
dec 1981 1.90
dec 1984 1.80
juin 1987 1.65
dec 1991 1.90
dec 1995 1.48 (intervention de la BNS)
mars 1996 1.70
dec 2002 1.45
dec 2007 1.65
actuellement 1.45 (la BNS ne cesse d'intervenir)
La monnaie suisse a perdu 46.6% de sa valeur par l'effet de l'inflation, grâce à ces chiffres vous pouvze avoir une idée de ce que l'euro a perdu. de 2.30 en décembre 1979, nous ne sommes plus qu'à 1.45 et cela pourrait être pire si la BNS ne maintenait pas ce taux afin de sauvegarder les exports! Toutes les monnaies ont perdu du terrain en trente ans face au dollar, en fait elles ont belle et bien perdu énormément de valeur et avec notre pouvoir d'achat... Le plus insidieux avec l'inflation c'est qu'elle est invisible, c'est une sorte de taxe que personne ne ressent à court terme. Il y a plus grave, cette inflation touche davantage les plus pauvres, en effet, ils n'ont aucun moyen de se prémunir contre cette perte de valeur de leur monnaie, tandis que les plus riches ont accès à des placement plus rémunérateurs sur le long terme que l'inflation. En suisse, l'inflation moyenne depuis 1936, date de l'abandon de l'étalon or, le franc Suisse a perdu 87% de sa valeur, c'est à dire une inflation d'environs 2.9% par an.
Mais allons plus loin encore dans le temps. Il existe des statistiques (difficiles à trouver) sur le change entre les monnaies sur le très long terme. Je vous ai dit que la monnaie la plus stable du monde restait le franc Suisse, vous allez maintenant comprendre pourquoi. De 1815 à 1915 la parité franc français - franc suisse était fixe, en 1915 cette parité tombe et pour la suite je vous laisse découvrir...
Le franc français ne vaudrait presque plus rien face au franc suisse aujourd'hui. Mais que vaut l'euro alors? Eh bien toutes les monnaies basée sur du néant retournent au néant, c'est ce que beaucoup d'économistes s'amusent à dire. A cela viennent s'ajouter le problème de la dette, si la monnaie perd de sa valeur, alors la dette devient de moins en moins difficile à supporter pour les états. Une dette émise il y a 30 ans pour 100 millions ne représenterait plus grand chose aujourd'hui, que sont 15 millions d'euros? En 1980 la dette de l'état français était de 90 milliards d'euros (et la dette était quasiment à 100% sur le dos de l'état, depuis est venue la décentralisation et son étalement de la dette). L'inflation fait donc le jeu des états sur le long terme et pénalise ceux qui n'ont pas les moyens d'investir avec des rendements supérieurs à cette même inflation.
La monnaie est un des fondamentaux des économies, certains pays pensent pouvoir "jouer" avec et d'autres, comme l'Allemagne ou encore la Suisse, sont beaucoup vertueux et ont compris que leur monnaie restait une arme économique au pouvoir non négligeable.
Il est souvent admis que les pays qui atteignent une dette équivalente à 90-100% du PIB commencent à connaître des problèmes sociaux et financiers. D'ailleurs, on le voit bien, ceux qui ont des problèmes actuellement sont ceux dont la dette publique a rejoint ces sommets, à l'exception de l'Espagne qui elle connait une crise immobilière grave. Beaucoup de pays ont souhaité s'immiscer dans l'économie par des plans de relances qui auront des répercutions sur le long terme. Toutes ces dettes accumulées depuis 30 ans et plus particulièrement récemment vont peser sur les économies de ces pays pendant très longtemps. On peut donc penser que lorsque l'économie se portera bien de nouveau, leur croissance sera bien moindre à celle qu'ils auraient pu envisager avec une dette plus faible. Beaucoup d'états risquent de faire défaut et donc être en faillite, cela s'est produit par le passé et se reproduira, les USA pourraient être de ceux-là tout comme la France d'ailleurs.
Les politiques, pour être élus, se doivent de toujours promettre davantage aux plus faibles (et majoritaires). Imaginez (tout du moins en France) que les politiques soient élus pour leur programme d'austérité. Impossible... par contre promettre le plein emploi, plus de moyens pour tous et toujours plus que l'adversaire cela est monnaie courante. Ces attitudes ont mené les états vers des endettements majeurs, le plus amusant et de distinguer le clivage Nord/Sud. Les pays du Nord de l'Europe sont beaucoup plus attentifs quand à leurs finances publiques, les pays du Sud de l'Europe sont eux très endettés et leurs populations réclament, en général, plus d'intervention de l'état pour réparer les tords que ce même état a créé avec des gouvernements précédents.
Depuis quelques temps déjà plusieurs états reçoivent des warnings de la part des agences de notations qui commencent à s'inquiéter de la possibilité de certains états comme la France et les USA à pouvoir rembourser leur dette. Ils pourraient perdre leur note AAA si rien n'était fait. Si cette note venait à baisser, les taux d'intérêts monteraient et le montant des remboursements deviendrait de plus en plus insupportables pour ces états et ils rentreraient dans un engrenage dont il serait très compliqué de sortir. En ce qui concerne la France ce serait quasi impossible car le poids de l'état dans l'économie est tel que sans lui ou avec une réduction drastique de son budget beaucoup se retrouveraient sans moyens. Vous l'aurez compris, je reste assez pessimiste en ce qui concerne la France et quelques autres pays européens et je pense que l'Allemagne l'a bien compris. Mais cette crise pourrait être le moyen pour l'Europe de montrer son unité ou alors ses disparité, sa monnaie: l'Euro pourrait être une des victimes d'un futur qui ne sera pas forcément heureux.



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