mardi 13 juillet 2010

Welcome to the jungle n°36

Chandeliers japonais - partie 1:
l'histoire 

Bonjour à tous, Plus fort que Chateauvallon ou le Château des Oliviers voici ma saga de l'été: les chandeliers japonais. Aujourd'hui nous entamons un cycle qui devrait durer 3 ou 4 semaines ,chaque semaine lundi ou mardi vous aurez votre épisode et toute la semaine pour attendre le prochain! Dans cette première partie, je vais vous parler de leur historique et pourquoi parle-t-on de Japon.

Les chandeliers japonais sont apparus au XVII ème siècle au Japon, les négociants en riz les utilisaient pour représenter les variations des cours du riz sur ce qui était le premier marché à terme (en anglais futures) du monde.  Marché à terme ou futures veut dire que vous achetez à un prix donné aujourd'hui pour une livraison à une date ultérieure fixée à l'avance. les marchés futures sont devenus célèbres à Chicago dans les années 70 (bien que créés au XIX ème siècle) grâces au contrats à terme sur devises et les premières options sur actions. Mais revenons au Japon du XVII ème et XVIII ème siècle. Les négociants en riz achetaient les récoltes à venir sur deux marchés principaux: Dojima (Quartier des affaires d'Osaka) et Tokyo. C'est dans la province de Dewa que poussait principalement le riz, le riz était alors acheminé au port de Sakata qui était un port de récolte et de distribution de riz très important (c'est encore aujourd'hui l'un des plus grands ports du Japon). Voici une carte du japon sur laquelle j'ai surligné les trois villes que je viens de citer:

Comme vous le voyez les trois villes se situent sur la même île de l'archipel, à savoir Honshu. Le plus connu des négociants en riz fut Munehisa Honma. Lorsqu'il pris les commandes de la petite affaire familiale il débuta à Sakata sur le petit marché local et s'intéressa à ce que cachaient les chandeliers. Même si les chandeliers et leur analyse existaient depuis longtemps déjà, Honma en tira bien plus que ce qui était dit à l'époque. Il comprit qu'ils révélaient la psychologie des marchés et pas seulement les évolutions de prix. Honma comprit que pour anticiper les variations de marchés il avait besoin d'informations valables et rapidement. Le dicton bien connu de l'époque rappelait "Quand le soleil brille à Sakata, il fait mauvais sur Dojima et il pleut à Tokyo". Lorsqu'il faisait beau sur la province productrice du riz (et donc mauvais signe pour les récoltes), le prix du riz chutait à Dojima et s'effondrait à Tokyo.

Afin d'avoir des informations fiables et transmises rapidement, la légende raconte que Honma aurait placé des hommes sur les toits tous les 4kms entre Sakata et Osaka afin de transmettre les informations le plus rapidement possible entre la région productrice et le marché de Dojima. Cette méthode lui permettait d'anticiper les mouvements du marché car lui se trouvait à Sakata et transmettait les informations jusqu'à Dojima plus rapidement que tout le monde.

Honma n'utilisa pas uniquement les informations qui lui provenaient de la province de Dewa, il étudia énormément la psychologie des investisseurs face aux informations et aux mouvements des marchés. Il tenu de nombreux registres afin de conserver les informations sur l'évolution des marchés. Pour Honma, une prise de position doit être réfléchie même si le marché vous pousse à agir de façon impulsive. Pour Honma lorsque l'on sent que le marché vous pousse à agir de façon impulsive alors ne faites rien, attendez trois jours et si votre psychologie n'a pas changé alors agissez et vous connaitrez certainement le succès.

En 1803, Honma décède et il laisse derrière lui un livre publié en 1755 qui regroupe 160 conseils pour l'investisseur sous le nom de "Si tout le monde est haussier, sois bête et vend du riz". On peut résumer ces 160 conseils en 5 majeurs:
  1. Sans pour autant devenir cupide, prenez le temps d'analyser les ratios prix/temps en révisant les mouvements des prix passés.
  2. Tentez de vendre au plafond et d'acheter au plancher.
  3. Augmentez vos positions après une hausse de 100 sacs de riz à partir des bas ou une baisse de 100 sacs de riz à partir des hauts. (à cette époque les prix ne variaient pas par transaction, c'était le nombre de sacs de riz qui fluctuait).
  4. Si une position n'est pas bénéficiaire, tentez de comprendre pourquoi et une fois que vous aurez compris que la position n'est pas tenable alors liquidez-la. Une fois l'opération effectuée patientez quelques temps avant de reprendre position.
  5. Lorsqu'une position est gagnante, prenez 70 à 80% du total de votre position et vous procéderez plus tard, lorsque la tendance sera arrivée à son terme, à la liquidation totale.
Cela nous enseigne qu'il faut à la fois savoir interpréter les graphiques, donc connaître parfaitement le passé d'un titre mais aussi qu'il faut savoir faire preuve de lucidité quand à ses placements, cela s'appelle le money management. Honma n'a pas créé les chandeliers japonais et leurs interprétations mais il a apporté la dimension psychologique.

Les investisseurs sont des humains, ils ont tendance à paniquer et la panique fait chuter les cours plus fortement que ce que l'euphorie les fait monter. les chandeliers japonais, et nous verrons dans le prochain épisode comment, sont aussi un moyen de comprendre la psychologie des investisseurs qui se cachent derrière les mouvements des titres côtés en bourse.

Bonne fin de journée à tous.

Ce qui fera toujours de ce monde une vallée de larmes, c'est l'insatiable cupidité et l'indomptable orgueil des hommes.
Voltaire

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